Guinée : derrière les déchets, le défi d’une indépendance qui se construit aussi dans les rues
À Conakry, la bataille contre les déchets ne se gagne ni uniquement dans les bureaux des administrations, ni seulement avec des camions de collecte. Elle se joue aussi dans les quartiers, dans les communes et dans les comportements quotidiens. À l’occasion du 68e anniversaire de l’indépendance de la Guinée, l’ONG Ne Jette Pas Par Terre a réuni plusieurs acteurs autour d’un panel consacré à cette urgence : « Une Guinée indépendante, une jeunesse engagée pour des villes propres. »

Le constat dressé au cours des échanges est sans détour : la Guinée veut changer d’échelle dans sa politique d’assainissement, mais le passage des ambitions nationales à la réalité des communes reste le principal défi.
Changer de modèle
Représentant du ministère chargé de l’assainissement, Faya Versan Yaradouno a présenté les grandes orientations d’une politique qui entend sortir d’une gestion limitée à la collecte des déchets.
Gouvernance, financement, infrastructures, données, recherche, valorisation des déchets et partenariats public-privé constituent plusieurs des axes évoqués.

L’objectif est de construire une véritable chaîne de gestion de l’assainissement, avec des responsabilités identifiées et des objectifs mesurables.
« L’assainissement ne peut pas être une succession d’actions ponctuelles. Il faut une vision, une gouvernance et des mécanismes de financement durables », a-t-il défendu en substance.
La politique présentée prévoit également des engagements chiffrés, notamment en matière de réduction de la défécation à l’air libre et de développement des infrastructures de traitement.
Mais derrière ces objectifs, une question demeure : avec quels moyens et quelle organisation ?
Le financement, nerf de la bataille
La réponse passe notamment par la recherche de ressources durables.
Le représentant du ministère a évoqué la mise en place d’un Fonds national de l’assainissement, destiné à renforcer le financement du secteur et à réduire la dépendance aux financements ponctuels des partenaires techniques et financiers.
Les partenariats public-privé sont également présentés comme un levier potentiel pour mobiliser davantage de capitaux et développer les services.
L’enjeu est de taille. Construire une infrastructure est une chose ; assurer son fonctionnement, son entretien et sa pérennité en est une autre.
« Il faut poser les fondations d’un système capable de financer durablement l’assainissement », résume l’approche présentée lors du panel.
Le Grand Conakry face à sa croissance
Autre pièce maîtresse de cette nouvelle approche : le schéma directeur d’assainissement du Grand Conakry.
Si la politique nationale fixe les orientations, le schéma directeur doit permettre de déterminer concrètement où agir, comment intervenir et quelles infrastructures développer.
Cartographie des besoins, identification des zones prioritaires, planification des équipements et anticipation de la croissance démographique : l’objectif est de disposer d’une véritable feuille de route.
La démarche doit ensuite être étendue aux différentes régions et collectivités afin de tenir compte de leurs réalités spécifiques.
À Sonfonia, les difficultés prennent un visage concret
Sur le terrain, Mamadou Saïdou Diallo, responsable technique de la commune de Sonfonia, a apporté un autre éclairage : celui de la réalité quotidienne.

Collecter les déchets suppose une chaîne logistique qui ne doit connaître aucune rupture : personnel, véhicules, transfert et traitement.
Car, lorsqu’un camion tombe en panne ou qu’un maillon du dispositif ne fonctionne plus, les conséquences sont immédiates.
Les déchets s’accumulent, les espaces publics se dégradent et les populations sont les premières à en subir les conséquences.
« On ne peut pas avoir un système efficace si toute la chaîne s’arrête dès qu’un maillon fait défaut », ressort de son intervention.
Pour le responsable communal, la question de la valorisation doit également être davantage prise en compte. Le déchet peut être trié, recyclé, réutilisé ou transformé, à condition de disposer d’une organisation et d’un modèle économique adaptés.
Une question de santé publique
À Sonfonia comme ailleurs, l’assainissement dépasse donc la simple question de l’esthétique urbaine.
Déchets sauvages, caniveaux obstrués et eaux stagnantes peuvent contribuer à créer des conditions favorables à la prolifération de moustiques et à différents risques sanitaires.
La question concerne particulièrement les familles et les enfants qui vivent au quotidien à proximité de ces zones.
Mais la responsabilité ne peut être attribuée à un seul acteur.
L’État doit définir et financer les politiques. Les communes doivent assumer leurs compétences. Les opérateurs doivent assurer leurs missions. Et les citoyens doivent également modifier leurs comportements.
La jeunesse, dernier maillon mais premier espoir
C’est précisément là que le thème choisi par Ne Jette Pas Par Terre prend toute sa portée.
Associer l’indépendance de la Guinée à l’engagement de la jeunesse pour des villes propres revient à poser une question de citoyenneté : quelle Guinée voulons-nous laisser aux générations futures ?
Ne pas jeter ses déchets dans la rue, respecter les dispositifs de collecte et participer aux initiatives locales sont des gestes simples. Mais l’engagement de la jeunesse peut aller plus loin : créer des entreprises de collecte, développer le recyclage, transformer les déchets et faire émerger une véritable économie circulaire.
Car derrière le problème environnemental se trouve également une opportunité économique.
De l’indépendance à la responsabilité
Le panel organisé à l’occasion du 68e anniversaire de l’indépendance aura finalement permis de rapprocher deux réalités souvent séparées : la stratégie nationale et la vie quotidienne des citoyens.
La Guinée dispose désormais d’orientations ambitieuses. Le véritable test sera leur traduction dans les quartiers.
Une politique d’assainissement ne se mesure pas seulement au nombre de documents produits ou d’objectifs annoncés. Elle se mesure à ce que voit le citoyen en sortant de chez lui : une rue propre, un caniveau dégagé, des déchets régulièrement collectés et un environnement où vivre dignement.
C’est là que l’indépendance prend aussi son sens concret : dans la capacité d’un pays à organiser son quotidien, protéger ses citoyens et préparer un cadre de vie plus propre pour la génération qui vient.
Un article de Thierno Dondé journaliste greenmedias.com







