Crise de liquidité en Guinée : l’annonce des grosses coupures, symptôme d’un malaise économique plus profond
Depuis plusieurs semaines, la crise de liquidité qui frappe notre pays ne cesse d’inquiéter les citoyens, les commerçants, les fonctionnaires et l’ensemble des acteurs économiques. Les difficultés de retrait dans les banques, les longues files d’attente devant les guichets et la rareté du cash dans la circulation témoignent d’une situation financière tendue qui ne peut plus être ignorée.
Dans ce contexte, l’annonce prochaine de la mise en circulation de grosses coupures de francs guinéens suscite à la fois espoir et interrogation. Pour certains, cette décision pourrait permettre de fluidifier les transactions et de soulager la pression sur le système bancaire. Pour d’autres, elle apparaît comme le signe révélateur d’un déséquilibre plus profond dans la gestion de notre économie.
Il faut le dire avec responsabilité, l’introduction de grosses coupures n’est pas en soi une solution structurelle. Elle peut répondre à une urgence, mais elle ne règle pas les causes réelles de la crise actuelle.
La pénurie de liquidité que nous vivons aujourd’hui trouve ses racines dans plusieurs facteurs bien connus : la faiblesse du taux de bancarisation, la circulation importante de l’argent en dehors du circuit officiel, la méfiance persistante envers les institutions financières, mais aussi l’insuffisance de modernisation de notre système de paiement.
Dans un pays où l’économie reste largement dominée par le cash, toute tension sur la masse monétaire se répercute immédiatement sur la vie quotidienne des populations. C’est ce que nous observons aujourd’hui, avec des conséquences directes sur le commerce, les salaires, les investissements et la stabilité sociale.
La mise en circulation de grosses coupures pourrait faciliter certaines opérations, mais elle comporte également des risques. Elle peut encourager la thésaurisation, compliquer la traçabilité des flux financiers et renforcer davantage l’économie informelle si elle n’est pas accompagnée de mesures de régulation et de modernisation.
La Guinée ne doit pas se contenter de réponses ponctuelles à des crises répétitives.
Le moment est venu d’engager des réformes profondes et courageuses.
Il devient indispensable de renforcer la confiance dans le système bancaire, de promouvoir les paiements électroniques, d’encourager la bancarisation des citoyens et de garantir une gestion plus rigoureuse de la politique monétaire.
Les décisions économiques ne doivent pas seulement répondre à l’urgence,
elles doivent préparer l’avenir.
Face à la situation actuelle, nos concitoyens attendent de la transparence, de la cohérence et de la responsabilité. La stabilité financière d’un pays ne se construit pas uniquement avec des billets, mais avec des institutions fortes, des choix courageux et une vision claire.
L’introduction annoncée des grosses coupures doit être l’occasion d’un débat national sérieux sur l’orientation de notre politique économique.
Car derrière la crise de liquidité, c’est la question de la confiance dans notre système financier qui est posée et sans confiance, aucune économie ne peut prospérer.
Ousmane Barry
Sociologue – Acteur associatif – Observateur de la vie publique
Présidence de la République de Guinée
Primature de la République de Guinée
Ministère de l’Economie et des Finances Guinée
Ministère du Budget Guinée






